Voici la technique 18 du Bubishi, présentée comme un exposé expert, destiné à des pratiquants avancés maîtrisant déjà les principes de qinna, les bases du White Crane, les mécaniques du Naha-te et les fondements du combat rapproché Fujian.
Aucune simplification. Une lecture profonde, fidèle à l'esprit du texte.
Technique 18 — Analyse experte détaillée
« S’abaisser pour saisir la jambe et projeter vers l’arrière »
(Entrée basse – capture de jambe – bascule postérieure – rupture de support)
1. Le principe fondamental
La technique 18 illustre l’un des principes clés du combat Fujian :
Descendre sous la ligne d’attaque pour voler le centre de gravité.
L’objectif n’est pas de « prendre la jambe », mais de saisir le point d’ancrage de la structure adverse, le rompre, puis déplacer l’adversaire hors de sa base.
Ce n’est ni un simple ashi-barai, ni un morote-gari classique.
C’est une capture du support, suivie d’une projection rétrograde, rendue possible par la chute volontaire de son propre centre.
2. Lecture mécanique et biomécanique
2.1. Le moment d’entrée
On entre sur l’adversaire :
sur sa phase d’expiration,
au moment où sa hanche avance,
ou juste après une frappe qu’il vient d’armer.
Ce timing crée :
une jambe d’appui exposée,
une épaule avancée,
un centre légèrement en avant du polygone de sustentation.
C’est ce moment précis que la technique 18 exploite.
2.2. Le déplacement
Le déplacement est une descente en spirale, typique du White Crane :
hanche arrière qui s’efface,
pied avant qui pivote légèrement vers l’extérieur,
descente rapide du hara (dantian) aligné sur le genou.
Il ne s’agit jamais de « baisser le dos ».
On abaisse le centre, pas la tête.
Le mouvement doit être :
direct,
sans hésitation,
respiré en he qi (fermeture-compactage).
2.3. La saisie de jambe
La main intérieure capture soit :
le tendon d’Achille,
l’arrière du genou,
l’extérieur du genou (si la jambe est en pivot),
ou la cheville.
La main extérieure peut :
pousser la hanche,
tirer le haut du corps,
ou frapper un point vital (VB30, 37V, 12RM, ou la plèvre).
La capture ne doit jamais être « à deux mains ».
Elle ressemble plus à un kake-te orienté vers le bas.
3. Lecture interne (énergie, dantian, fascias)
3.1. Dans le dantian
La technique utilise une compression interne brève :
contraction spirale du plancher pelvien,
fermeture du bas-ventre,
pression vers le bas et l’avant,
extension instantanée dans les jambes.
Cette compression produit un fa li descendant (力).
3.2. Dans les fascias
Les chaînes fasciales impliquées :
ligne spirale extérieure pour la descente,
ligne profonde postérieure pour la traction,
ligne antérieure pour la poussée finale.
Le résultat :
Une onde courte part du centre et se diffuse vers les membres.
4. Le déséquilibre
La projection repose sur trois ruptures successives :
4.1. Rupture du support
En abaissant le centre sous celui de l’adversaire, on crée un point d’appui inversé.
L’adversaire perd la sensation de stabilité.
4.2. Rupture de la ligne d’épaules
La traction/poussée des mains crée un écart entre l’axe de la jambe et celui du buste.
C’est le point clé.
Même un pratiquant fort devient vulnérable si la ligne épaule–bassin est brisée.
4.3. Rupture du centre
Le centre de l’adversaire glisse en arrière, dans un vide créé par le retrait de ta propre hanche.
Cette triple rupture est suffisante pour projeter sans force.
5. La projection
Il existe trois variantes traditionnelles (toutes présentes textuellement dans les lignées Fujian).
Variante A – Projection rétrograde linéaire
La plus simple et la plus directe :
Capture basse.
Traction arrière du genou ou de la cheville.
Poussée de la main libre sur le sternum ou l’épaule.
L’adversaire chute en arrière.
On l’appelle souvent la projection du pêcheur en Chine du Sud.
Variante B – Bascule oblique (diagonale)
Plus réaliste face à un adversaire résistant :
Tirer la jambe capturée vers l’extérieur.
Tourner son propre bassin à 45°.
Pousser la tête ou l’épaule en rotation inverse.
L’adversaire chute en spirale.
Très efficace en environnement réel.
Variante C – Chute contrôlée (sacrifice Fujian)
Dans certains manuscrits, la technique 18 est associée à une chute contrôlée :
Capture basse.
Déséquilibre net.
Descente du genou arrière au sol.
Le pratiquant tire l’adversaire par-dessus sa propre cuisse.
C’est un sutemi minimaliste, très utilisé en self-défense.
6. Points vitaux associés
La technique 18 inclut généralement une frappe courte avant la projection, souvent masquée dans le dessin original.
Les points possibles :
37V – Back-Shu rein (par pression du poing sur la côte flottante)
VB30 – Huantiao (côté de la hanche)
9P – Taiyuan (si on saisit le poignet)
12RM – Zhongwan (palm strike)
La frappe n’est pas faite pour mettre KO, mais pour :
casser la structure,
couper la respiration,
créer un micro-choc.
7. Applications pratiques en self-défense
La technique 18 est efficace contre :
une attaque en saisie haute,
un adversaire plus grand,
un coup de poing avancé mal contrôlé,
une tentative d’intimidation en avançant lourdement,
une jambe laissée exposée lors d’un pas avant.
C’est une technique :
extrêmement basse,
extrêmement rapide,
extrêmement déroutante pour l’adversaire.
8. Corrélations avec les katas Okinawa
La technique 18 apparaît clairement dans :
Seisan (toutes versions) → entrée basse + capture.
Seipai → blocages bas croisés suivis de traction.
Chinto → pivot + capture de jambe.
Gojushiho → descente en ma hanmi + capture basse.
Kushanku → fente profonde attirant l’adversaire en avant.
Elle est littéralement un archétype du combat Okinawaien :
Entrée basse – capture – rupture – projection.
9. Conclusion experte
La technique 18 ne parle pas « d’attraper une jambe ».
Elle dit :
Descends, vole la base, casse la structure, renverse derrière toi.
Elle condense :
le timing, la spirale, l’écoute tactile, la biomécanique du centre, et la notion d’opportunisme.


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