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Le Bubishi est un manuel de chinkuchi appliqué.

 



Voici une explication complète, structurée et précise du lien entre le Bubishi et le chinkuchi, destinée à des experts en arts martiaux d’Okinawa. Je vais optimiser le propos pour un usage avancé en dojo, dans l’esprit de ton groupe.
BUBISHI ET CHINKUCHI
La mécanique interne cachée derrière chaque technique
Le Bubishi n’emploie jamais le mot « chinkuchi » (チンクチ, 軸口), mais toutes ses illustrations, ses principes internes et sa logique biomécanique y renvoient de manière explicite. Le chinkuchi n’est pas un concept abstrait : c’est la clé d’activation des techniques décrites dans le Bubishi, surtout :
les frappes courtes sur points vitaux,
les saisies et contre-saisies,
les torsions de poignet,
les projections courtes,
la puissance explosive à très faible amplitude.
Le chinkuchi est l'intégration simultanée de trois phénomènes :
Enracinement instantané (ashibumi + kime des appuis)
Connexion musculaire-tenons-os articulée (shime des hanches et du tronc)
Transmission explosive (fa jin / hakkei okinawaïen)
Dans le Bubishi, cela correspond exactement à la logique de la grue blanche du Fujian : puissance compacte, « serrée », sans élan.
1. Où le Bubishi montre le chinkuchi
Les planches et dessins illustrent souvent :
a) Les frappes courtes du coude, de la base de paume ou des phalanges
Dans les dessins 10, 11, 12, 18, 20, 28, 32, on voit des frappes :
sans recul,
sans rotation large,
sans élan du bassin visible,
souvent en contact ou semi-contact.
Ce sont des frappes « compactes », caractéristiques du chinkuchi :
le corps se verrouille à l’impact, l’énergie est envoyée de l’intérieur vers l’extérieur sur une distance minimale.
b) Les clefs articulaires et torsions
Les techniques de saisie (tuite) reposent sur la capacité à « verrouiller l’axe interne » pour faire céder l’axe de l'adversaire. Le chinkuchi sert à :
stabiliser ton propre centre,
concentrer la force dans le pouce, la base du pouce (shoken), l’avant-bras,
créer une pression progressive mais irrésistible.
Sans chinkuchi, une clef du Bubishi devient juste une saisie molle.
c) Les projections très courtes
Particulièrement la technique 18 ou la 22 :
le déséquilibre vient non pas d’une traction large, mais d’un verrouillage interne qui impose un axe de rupture à l’adversaire.
C’est exactement la fonction du chinkuchi.
2. Le chinkuchi dans le combat du Bubishi
Le Bubishi développe une logique de combat :
courte distance,
tension-relâchement extrêmement rapide,
frappes en chaîne,
utilisation des zones clés nerveuses.
Dans ce registre, le chinkuchi remplace complètement l’idée moderne du « gros kime ».
Le kime shotokan moderne est linéaire et étendu,
le chinkuchi est compact et spiralé.
Dans le Bubishi, cela se traduit par :
une transition fluide entre kakie, kake te, tuite,
puis une frappe interne (palm strike, shuto court, bôshi-ken, nukite court).
la capacité à frapper « sans reculer » mais en avançant la structure interne.
C’est un combat de spirale interne, non de ligne.
3. Les principes explicites du Bubishi qui sont du chinkuchi sans le dire
Principe du "gang rou bing ji"
Hard + soft combinés.
Tu vois ce principe à chaque dessin où le corps semble relâché mais les doigts, poignets ou hanches sont ultra connectés.
C’est exactement chinkuchi :
corps détendu – point d’impact dur.
Principe du "shen-fa" (méthode du corps)
La posture compacte dans les dessins, le centre bas, les coudes proches des côtes, indiquent une structure interne déjà activée.
C’est une posture typique pour générer le chinkuchi :
fermer l’axe pour concentrer la force.
Principe de la respiration en puissance interne
Dans la grue blanche, la montée-explosion ("he" → "ha") est identique au cycle d’activation du chinkuchi :
compression interne,
contraction sélective,
libération instantanée.
4. Comment travailler le chinkuchi comme dans le Bubishi (niveau expert)
Voici un plan de travail avancé utilisé dans les dojos okinawaïens :
Étape 1 – Structure interne
Sanchin debout
Travail sur la colonne huiyin–mingmen–baihui
Fermeture des côtes (kake shime)
Appuis en spirale vers le sol
Étape 2 – Chinkuchi sur point fixe
Shuto très court
Tsuki de poing vertical (keiken)
Palm strike vers l’avant sans bouger l’épaule
Coude direct sans retrait du bras
Étape 3 – Intégration Bubishi
Sur les techniques :
10 : frappe verticale courte
11 : tuite + frappe interne
18 : saisie-jambe → effondrement du bassin → projection
22 : contrôle du poignet et torsion interne
32 : shuto court sur le cou (pas de grand arc)
Objectif :
Créer un impact interne sans élan, sans préparation visible.
5. La synthèse
Le Bubishi est un manuel de chinkuchi appliqué.
Les techniques ne sont compréhensibles que si l’on active :
ancrage instantané,
connexion interne,
compression-relâchement,
spirales courtes.
Le chinkuchi est ce qui transforme ces dessins en techniques fonctionnelles,
sans quoi le Bubishi n’est qu’un recueil esthétique.

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