Voici une version de la technique 19 du Bubishi adaptée à un lectorat expert.
J’ai développé les ancrages, les dantian, les spirales internes, les timings, les mécaniques exactes, ainsi que les erreurs fréquentes.
Le ton est volontairement analytique, martial, et conçu pour la recherche avancée.
La Technique 19 du Bubishi : Analyse Avancée pour Experts
La technique 19 du Bubishi présente une situation de grappling rapproché dans laquelle l’espace est réduit et où l’adversaire impose une pression, un contrôle ou une saisie empêchant l’emploi de techniques larges.
L’illustration originale montre un contact dense, les torses proches, les avant-bras engagés, et une utilisation ciblée des points vitaux exposés : yeux, nez, oreilles, gorge.
Ce n’est pas une technique ponctuelle.
C’est un principe de survie martiale en espace confiné.
1. Esprit de la Technique 19
La technique 19 répond à une réalité que tous les maîtres d’Okinawa connaissaient :
à courte distance, la force musculaire brute et la rigidité sont inefficaces.
Il faut exploiter :
la structure du corps adverse
les failles présentées par sa saisie
la mécanique interne du sujet (centre, axes, spirales courtes)
L’idée centrale est simple :
si tu es coincé, ne cherche pas l’évasion par la force ; vise immédiatement la faille organique exposée.
Ce concept traverse toute la pensée martiale du sud de la Chine et d’Okinawa.
2. Description technique complète
2.1. Situation initiale
L’adversaire est collé, dominant ou tentant de contrôler vos bras.
On suppose :
un manque d’espace pour générer des coups circulaires
un contrôle partiel de vos membres supérieurs
un risque d’entraînement au sol ou d’étranglement
La réponse doit être instantanée, dirigée, et anatomiquement efficace.
2.2. Principes biomécaniques
a. Centre et dantian (丹田)
Dans cette technique, le dantian inférieur est le moteur.
Il ne s’agit pas de bras qui frappent :
ce sont les micro-mouvements du bassin, en spirale interne, qui génèrent l’angle suffisant pour libérer une fenêtre vers une cible vitale.
Le dantian :
aspire légèrement (sensation de contraction douce, comme un souffle vers l’intérieur)
tourne de 10 à 20 degrés
abaisse le poids dans les hanches
Ce triple mouvement permet :
un désaxage minimal mais suffisant
la libération d’un coude ou d’un poignet
l’ouverture d’un couloir d’attaque vers la gorge ou les yeux
Sans ce travail interne, la technique devient brute et risquée.
b. Ancrage (根, ne)
Le contact rapproché exige un ancrage lourd, non rigide, comparable à celui utilisé dans Seisan ou Sanchin.
Les règles :
Poids réparti 60/40, légèrement vers l’avant (mais sans se pencher).
Adduction légère des cuisses pour verrouiller la base.
Pieds vissés dans le sol (spirale interne du pied arrière notamment).
Le bassin descend comme si l’on s’asseyait dans l’adversaire.
Plus l’ancrage est propre, plus la frappe sur les points vitaux sera stable, précise et non perturbée.
c. Micro-spirales internes
La technique 19 n’est pas linéaire.
Elle repose sur :
une spirale interne courte pour casser la ligne de contrôle
une spirale externe courte pour projeter la main vers la cible
Exemple :
pour une pression des doigts vers les yeux :
spirale interne → relâchement du coude → spirale externe du poignet vers la cible.
C’est cette mécanique en deux temps, presque invisible, qui rend la technique fonctionnelle sous contrainte.
3. Déroulement technique (version experte)
Étape 1. Création de l’angle minimal
Tourner le centre (pas les épaules) de quelques degrés.
Le haut du corps suit comme un bloc.
Cette torsion interne brise l’alignement du bras adverse et ouvre une faille.
Étape 2. Stabilisation par ancrage
Pendant la rotation, le poids descend dans le pied arrière.
L’adversaire sent un changement mais ne peut pas encore réagir.
Vous êtes déjà sorti de son plan de force.
Étape 3. Choix de la cible
Selon l’angle créé, la main libre vise :
les yeux (pression directe, non circulaire)
le nez (pousser ou broyer, contrôle du centre de tête)
la gorge (main en pique courte ou poing au creux)
les oreilles (choc latéral court, désorientation)
Chaque cible a un effet immédiat : douleur, désorientation, inhibition respiratoire.
Étape 4. Amplification interne
C’est ici que les experts se distinguent.
Au moment du contact, le dantian :
serre
tourne
soulève légèrement
Ce micro-fajin interne augmente l’impact sans mouvement visible.
Étape 5. Transition vers déséquilibre ou fuite
Après l’attaque vitale, l’adversaire est instable :
le centre bouge, les yeux se ferment, la trachée est protégée réflexivement.
C’est alors que vous :
reprenez le contrôle des avant-bras
projetez
ou créez l’espace pour fuir
La technique 19 est une technique d’ouverture, pas de conclusion.
4. Kata où la Technique 19 apparaît
La présence n’est jamais explicite, mais les principes s’y retrouvent à plusieurs endroits :
Dans le Goju-Ryu
Seisan (十三手)
Travail rapproché, sorties d’axes minimales, frappes courtes vers le visage.
Sanseiru (三十六手)
Séquences de grappling haut, contrôles, pressions vers la gorge.
Dans le Shorin-Ryu
Kushanku / Kanku Dai
Phases de capture suivies de frappes directes au visage.
Passai
Dégagements minimalistes suivis de shuto courts dirigés vers la tête ou la gorge.
Dans l’Uechi-Ryu
Seienchin / Seisan
Travail au corps à corps, doigts tendus, mains ouvertes, pressions sur les points vitaux.
Chaque lignée applique ce principe différemment, mais l’esprit est le même :
libérer une faille en pivotant légèrement, puis attaquer un point vital exposé.
5. Variantes traditionnelles
a. Variante “poing creux”
Utilisée lorsque les doigts ne doivent pas être exposés.
La main forme un poing léger, et la phalange du majeur sert de point d’impact sur le nez, le philtrum ou la gorge.
b. Variante “pique courte”
La main forme un instructeur de style Sud Chine :
doigts serrés, poignet souple, impact non pénétrant mais percutant vers la trachée.
c. Variante de rupture de saisie
Utilisation du coude bas pour ouvrir une fenêtre, suivie d’un coup indexé vers les yeux.
Extrêmement efficace mais nécessite précision et relâchement total.
6. Erreurs fréquentes observées
1. Tourner les épaules au lieu du centre
Erreur classique.
La rotation doit partir du dantian, pas du thorax.
Sinon l’adversaire lit le mouvement et resserre sa saisie.
2. Perdre l’ancrage
Si les genoux se déverrouillent ou si le poids remonte, la technique s’effondre.
Le mouvement doit être lourd et souple.
3. Viser trop large
Les attaques doivent être brèves, nettes et précises.
Pas de grands gestes.
À cette distance, la sur-amplitude est fatale.
4. Se focaliser sur la douleur
La douleur n’arrête pas toujours un adversaire déterminé.
Il faut chercher désorientation, bris de structure, ou réflexe vital (gorge/yeux).
5. Oublier la suite
La technique 19 est un déclencheur, pas un final.
Le but n’est pas de rester dans la lutte.
Frapper → déséquilibrer → se repositionner.
7. Philosophie martiale
Même sans mots directs, la technique 19 incarne un principe transmis par les maîtres d’Okinawa depuis des siècles :
“À courte distance, ce n’est pas la force qui gagne, mais la structure et la cible.”
Ou encore :
“Celui qui sait tourner son centre n’est jamais coincé.”
Et plus fondamentalement :
“Le grappling ne se combat pas par des bras, mais par le dantian.”
La technique 19 illustre parfaitement cette sagesse.
8. Conclusion
La technique 19 du Bubishi n’est pas un mouvement, mais un concept de combat :
créer un angle minime en utilisant le dantian et les spirales internes, s’ancrer profondément, puis exploiter instantanément la faille vitale la mieux exposée.
Elle représente l’essence du combat rapproché dans la tradition d’Okinawa :
efficacité directe, économie de moyens, et mécanique interne raffinée.

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