La réponse courte est non, le kyūsho jutsu n’est pas un « mytho-jutsu » en tant que concept.
En revanche, une grande partie de ce qui est aujourd’hui présenté sous ce nom relève clairement du mythe, de l’exagération ou du marketing. La distinction est essentielle.
- Ce qu’est réellement le kyūsho jutsu (historiquement et techniquement)
Dans les arts martiaux classiques d’Okinawa, de Chine et du Japon, il n’existe pas un art autonome nommé « kyūsho jutsu » au sens moderne.
On parle plutôt de :
kyūsho (急所) : points vitaux, zones critiques
intégrés dans :
tegumi (lutte okinawaïenne)
tuite / torite (saisies, clés)
applications de kata (bunkai / oyo)
Les anciens n’isolaient jamais les points vitaux comme une science magique indépendante.
Ils les utilisaient comme facteurs d’efficacité :
meilleure pénétration
douleur
déséquilibre
interruption respiratoire ou neurologique
ouverture d’une structure
Dans le Bubishi, les points ne sont jamais présentés comme des interrupteurs miraculeux, mais comme :
zones fragiles
cibles privilégiées dans un contexte de saisie, de frappe ou de projection
- Ce qui est démontrable et réel
Certaines bases du kyūsho sont objectivement vérifiables :
Atteintes de nerfs superficiels (radial, ulnaire, fibulaire, etc.)
Compression de sinus carotidien
Stimulation brutale de plexus nerveux
Douleur réflexe entraînant retrait, perte de coordination, voire syncope
Interaction avec le système nerveux autonome
Les médecins, neurologues et urgentistes le savent parfaitement :
le corps humain a des zones vulnérables.
Mais :
la réaction varie selon l’individu
le stress, l’alcool, l’adrénaline changent tout
la douleur n’est jamais garantie
la précision exigée est extrême en situation réelle
- Là où le kyūsho devient du « mytho-jutsu »
Le problème commence quand on affirme que :
un simple toucher provoque un KO systématique
un point fonctionne toujours, indépendamment de la situation
le kata cache une carte secrète d’interrupteurs humains
la connaissance du point remplace le timing, la structure et la puissance
des démonstrations coopératives sont présentées comme combat réel
Les démonstrations où :
l’uke s’effondre au moindre contact
le tori ne contrôle ni distance, ni garde, ni équilibre
aucune résistance n’est testée
relèvent du théâtre, pas du combat.
Les maîtres anciens n’étaient pas naïfs.
Ils savaient que sans kuzushi, sans structure, sans contrôle, le point ne sert à rien.
- Position des grands anciens (implicite mais claire)
Funakoshi, Motobu, Mabuni, Uechi, Higashionna ne parlaient pas de kyūsho comme d’un art séparé.
Motobu disait en substance :
« Le point vital n’a de valeur que si l’adversaire est déjà sous contrôle. »
Le Bubishi insiste sur :
la saisie préalable
la fracture de structure
la continuité de l’action
- Conclusion claire
Le kyūsho jutsu n’est pas un mythe
mais sa mythification moderne, oui.
Formulé autrement :
comme complément à une pratique martiale solide → pertinent
comme clé magique universelle → illusion
comme outil pédagogique pour affiner les bunkai → excellent
comme substitut au combat réel → mensonge dangereux
Un kyūsho sans :
kamae
tai sabaki
kuzushi
contact réel
intention martiale
n’est pas du budō, mais du folklore.



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