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Bubishi, un apprentissage sans fin où les grades sont inutiles.

 



Le Bubishi (ou Wu Bei Zhi en chinois) est un manuscrit ancien d'origine chinoise, transmis secrètement de maître à élève en Chine, puis à Okinawa au XIXe siècle. Considéré comme la « Bible du karaté » par des maîtres comme Miyagi Chōjun (fondateur du Goju-ryu), il compile des connaissances sur la philosophie martiale, les techniques de combat (notamment les célèbres 48 figures d'autodéfense), les points vitaux et la médecine traditionnelle chinoise. Il reflète l'essence du Quan Fa (boxe chinoise) du Fujian, en particulier la boxe de la Grue Blanche (Bai He Quan), qui a fortement influencé le Tō-de (main de Chine) okinawaïen, ancêtre du karaté.
Le Bubishi ne mentionne ni titres honorifiques ni système de grades (comme les dan/kyu modernes ou les ceintures) pour plusieurs raisons liées à son contexte historique et philosophique :
Origine ancienne et transmission secrète : Ce texte date probablement du XVIIIe ou XIXe siècle (bien que lié à des traditions plus anciennes). À cette époque, dans les arts martiaux chinois et okinawaïens traditionnels, il n'existait pas de système de grades standardisé comme celui introduit au XXe siècle par le judo (via Jigoro Kano) et adopté par le karaté moderne (dan/kyu à partir des années 1920-1930, ceintures colorées plus tard). La transmission était orale et manuscrite, réservée à un cercle restreint d'élèves sélectionnés, sans besoin de hiérarchie formelle publique.
Absence de structure hiérarchique formelle dans les traditions anciennes : Dans les écoles chinoises (kung-fu) et okinawaïennes d'avant la modernisation, l'évaluation se faisait via des certificats personnels comme le menkyo (licence d'enseignement) ou menkyo kaiden (transmission complète), décernés individuellement par le maître. Il y avait parfois des titres comme Renshi (expert technique), Kyoshi (professeur avancé) ou Hanshi (maître modèle), mais pas un système gradué universel. Le Bubishi, en tant que compilation de principes et techniques, ne vise pas à structurer une école avec des niveaux ; il est un aide-mémoire pour les initiés.


Philosophie centrée sur l'individu : Le cœur du Bubishi met l'accent sur le travail personnel, l'introspection, la maîtrise intérieure et l'efficacité pratique en combat réel (autodéfense civile). Les préceptes philosophiques insistent sur l'humilité, la persévérance et le développement personnel continu, sans fin (« il n'y a jamais de fin à l'apprentissage »). Un système de grades ou titres pourrait encourager l'ego, la compétition ou la « course au grade » (critiquée comme un mal moderne). Ce qui compte vraiment, c'est l'effort individuel, la compréhension profonde des techniques (bunkai) et l'application réelle, pas une reconnaissance externe.
En résumé, l'absence de titres ou grades dans le Bubishi reflète la pureté des traditions anciennes : l'art martial est une voie personnelle de perfectionnement, où la valeur d'un pratiquant se mesure à son engagement et sa maîtrise intérieure, non à un symbole extérieur. C'est précisément ce qui rend ce texte intemporel et centré sur l'essentiel : le travail personnel comme seule vraie mesure du progrès.

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