“l’âme du combat à main nue”.
Voici une analyse experte, précise et exhaustive de l’usage du shutō (手刀) dans le Bubishi, en se basant sur les principes internes, les dessins traditionnels et les applications décrites ou suggérées. L’objectif est de comprendre comment, où, et pourquoi le Bubishi utilise shutō, bien au-delà des interprétations modernes.
1. Le shutō dans le Bubishi : une arme anatomique, pas un blocage
Dans le Bubishi, le shutō n’est jamais conçu comme une simple technique de blocage au sens moderne du karaté.
Il est un outil biomécanique polyvalent :
couper
frapper
pénétrer
dévier
manipuler
sectionner l’équilibre
détruire la structure corporelle de l’adversaire
Le shutō est l’expression de la main vivante, structurée par les principes internes du Bubishi :
kōgo (剛柔) : alternance contraction/relaxation
chinkuchi (沈空氣) : connexion tendino-musculaire
hakkei (發勁 / fa jin) : émission de force brève
qi jiao (氣交) : coordination souffle/tension/percussion
Son efficacité dépend de trois éléments que le Bubishi répète souvent :
enracinement des hanches,
souplesse des épaules,
spirale interne du poignet.
2. Dans quels dessins le shutō apparaît ?
Le shutō apparaît dans plusieurs planches du Bubishi (selon les versions), souvent de manière indicative plutôt que textuellement désignée. Les planches les plus connues montrent :
a. Les planches de grue blanche (白鶴拳)
Plusieurs dessins illustrent la posture « grue » avec :
main ouverte
doigts serrés
tranchant orienté vers le haut ou le bas
Même si la technique est stylisée, il s’agit bien d’une main en shutō servant à frapper ou piquer des zones vitales.
b. Les 48 techniques de combat (dans les versions Fujian/TX)
Dans les techniques généralement numérotées :
Technique 17, 18, 22, 23, 36, 44 : la main ouverte intervient pour saisir, couper ou frapper.
Quand la main est en bord externe ou en forme de "couteau", l'application correspond au shutō.
c. Planches de tuida / qinna
Plusieurs illustrations de qinna montrent la main en shutō lorsque :
on pince la gorge,
on coupe l’artère carotidienne,
on contrôle l’épaule,
on casse le pont du bras (kake uke → shutō).
d. Planches de vital points (kyusho / dim mak)
Le shutō y est utilisé comme vecteur privilégié pour :
carotides
ganglion stellaire
nerf brachial
trachée
angle mandibulaire
plexus
rein et flanc (shutō gyaku)
3. Pour quoi le shutō est utilisé dans le Bubishi ?
3.1. Pour frapper
Le shutō frappe principalement :
carotides (stun immédiat)
trachée (asphyxie)
angle mandibulaire (nerf trijumeau)
sternocléidomastoïdien (désorientation)
plexus brachial
Le Bubishi montre une logique :
casser la structure et interrompre la respiration.
Types de shutō frappants :
shutō horizontale (横手刀)
shutō descendante (下手刀)
shutō croisée dans le cou (斜手刀)
shutō ascendante (上手刀)
Toujours exécutés avec rotation interne de l'avant-bras, élément central dans les dessins.
3.2. Pour détruire un bras (principe clé du Bubishi)
Dans le Bubishi, shutō sert à :
briser le pont du bras (pont rompu = attaque libre),
couper le tendon du biceps ou du triceps,
frapper le nerf radial pour ouvrir la garde,
attaquer le coude via un shutō circulaire court.
Le principe :
neutraliser le bras avant de toucher les zones vitales centrales.
3.3. Pour saisir et tirer (kake / hake / qinna)
Le shutō sert de crochet anatomique :
tirer la nuque,
tirer le poignet,
verrouiller la mâchoire,
ouvrir un angle de projection.
C’est l’usage le plus souvent oublié dans le karaté moderne.
3.4. Pour bloquer / dévier, mais pas comme un blocage moderne
Le shutō du Bubishi n’est jamais statique.
Il sert à :
dévier une attaque en créant un vide,
détourner un bras pour ouvrir la ligne de frappe,
accompagner et casser l’équilibre,
toucher immédiatement un point vital en contre.
Il s’agit d’un parry destructif, pas d’un blocage rigide.
3.5. Pour couper le souffle et perturber le système nerveux
Dans plusieurs techniques, shutō est utilisé pour :
couper l’inspiration de l’attaquant,
frapper zona « jiao-chuan » (plexus brachial),
créer un choc neuro-végétatif.
C’est cohérent avec l’orientation médecine traditionnelle du Bubishi.
4. Les caractéristiques du shutō dans le Bubishi
4.1. Main semi-relâchée, jamais crispée
Doigts fermes, mais pas rigides.
On utilise le bord du métacarpe, pas les doigts.
4.2. Structure interne
Le shutō du Bubishi est construit par :
spirale du poignet,
fermeture de la scapula,
relâchement de l’épaule,
connexion hanche–coude–poignet (chinkuchi).
4.3. Ligne d’attaque très courte
Dans les planches, les shutō sont :
compacts
proches
rapides
en mode « couture courte » (fa jin).
5. Les contextes où shutō apparaît dans le Bubishi
1) contre une saisie → shutō court dans la gorge
2) contre un coup de poing → déviation + shutō carotides
3) contre une poussée → pivot + shutō trachée
4) en préemption → shutō clavicule + projection
5) dans l’esprit grue blanche
Utilisation du shutō comme aile de grue :
feintes
angles
frappes circulaires
coupes rapides
6. L'esprit du shutō dans le Bubishi
Les maîtres qui ont transmis le Bubishi parlent du shutō comme :
“l’âme du combat à main nue”.
Il conjugue :
finesse (grue),
explosivité (tigres),
précision (qinna),
destruction (kyusho).
Le shutō est donc :
une arme naturelle polyvalente,
la transition entre défense et attaque,
la synthèse des principes internes du Bubishi.

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