Pour des experts en arts martiaux, la relation entre le Bubishi et le concept de Kogo (ou Kōgō) touche à l’essence même du combat rapproché et de la gestion de l’énergie. Si le Bubishi est la "Bible" théorique, le Kogo représente l'application mécanique et tactique de ses principes.
Voici une analyse structurée de leurs points de convergence :
1. Le Bubishi : Le Code Source du "Torite"
Le Bubishi n’est pas qu’un recueil historique ; pour l'expert, c'est un manuel de Tuite / Torite (saisies) et de Kyusho (points vitaux).
Les 48 Figures : Elles illustrent des scénarios de combat où l'engagement est total et immédiat. Contrairement au Kumite moderne, le Bubishi traite du combat de survie à distance nulle.
Le lien avec la Grue Blanche : L'accent est mis sur la structure corporelle, l'utilisation des tendons plutôt que des muscles, et la "main vibrante".
2. Le Kogo : La Mécanique de l'Engagement
Le terme Kogo (souvent traduit par "échange" ou "alternance", mais utilisé dans certains styles pour désigner le travail de saisie et de contrôle) se réfère à la gestion dynamique de la distance et du contact.
Kogo-uke / Kogo-te : Ce sont les techniques de "mains collantes" ou d'interception. Dans une lecture experte, le Kogo n'est pas un blocage, mais une adhérence. C'est le moment où l'on "mord" le membre de l'adversaire pour ne plus le lâcher (principe de Muchimi).
Alternance Force/Souplesse : Le Kogo incarne le précepte du Bubishi : "L'esprit doit être fluide comme l'eau, mais l'attaque doit être comme le tonnerre."
3. Synthèse pour l'Expert : Le "Kogo" comme vecteur des principes du Bubishi
L'articulation entre les deux se fait sur trois axes majeurs :
A. La Structure des Six Mains (Rokkishu)
Le Bubishi décrit les six positions de mains fondamentales. Le travail de Kogo permet de passer d'une main à l'autre de manière fluide. L'expert n'utilise pas le Kogo pour frapper, mais pour créer une ouverture (Kuzushi) permettant d'appliquer les techniques de "main empoisonnée" ou de dislocation décrites dans le manuscrit.
B. Le Timing (Ma-ai et De-ai)
Le Bubishi insiste sur l'importance de frapper là où l'adversaire est "vide". Le Kogo est l'outil tactile qui permet de sentir ce vide. Par le contact constant, on ne regarde plus l'adversaire, on le "lit" par les récepteurs cutanés (travail de Kakie).
C. L'application des "Huit Poèmes du Poing"
L'un des préceptes du Bubishi dit : "Le temps de l'action est celui de l'opportunité". Le Kogo est précisément la phase de transition où l'on transforme une défense en une clé d'épaule ou une frappe sur un point vital. C'est l'art de l'immédiateté.
Note technique : Si vous travaillez spécifiquement sur les applications du Goju-ryu ou du Uechi-ryu, le Kogo est souvent le laboratoire où l'on teste la résistance de la structure (Sanchin) face aux angles d'attaque complexes du Bubishi.

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