Je vais reprendre la technique 16 du Bubishi et la lire kata par kata, non pas comme une correspondance esthétique, mais comme une clé de lecture fonctionnelle.
On parle ici de combat collé, saisie active, destruction de posture et frappe courte — exactement le cœur du vieux karaté.
Principe technique 16 (rappel synthétique)
Avant d’entrer dans les kata, fixons le noyau invariant :
Distance : corps contre corps
Action initiale : capture spirale du membre
Effet recherché : rupture d’axe + figement
Finalité : frappe vitale courte (pas d’échange)
1. NAIHANCHI / TEKKI
La lecture la plus pure de la technique 16
Naihanchi est probablement le kata qui explique le mieux le dessin 16.
Passage clé
Les mouvements latéraux avec bras pliés
Les “blocages” croisés devant le buste
Les hikite courts, parfois violents
Lecture Bubishi
Le bras qui “bloque” est en réalité une saisie du poignet ou de l’avant-bras
Le coude rentré sert à :
verrouiller l’épaule adverse
empêcher la rotation de fuite
Le déplacement latéral casse l’axe du bassin adverse
Frappe associée
Coup de coude court
Atemi aux côtes flottantes
Pression cervicale ou mandibulaire
Naihanchi = technique 16 répétée des dizaines de fois, sous des angles différents.
2. SEIENCHIN
Version lourde, enracinée, destructrice
Seienchin est une lecture interne et structurelle du dessin 16.
Passage clé
Positions basses
Tension isométrique
Mains ouvertes, contrôlantes
Lecture Bubishi
La saisie devient une capture osseuse (avant-bras, coude)
Le poids du corps est utilisé pour :
écraser la posture adverse
empêcher tout dégagement
Frappe associée
Coude descendant
Paume pénétrante (teishō)
Pression sur la gorge ou le sternum
Ici, la technique 16 n’est plus rapide :
elle est inéluctable.
3. SANCHIN
La matrice invisible de la technique 16
Sanchin ne montre presque rien, mais contient tout.
Passage clé
Avancées lentes
Bras qui montent et se ferment
Respiration dirigée
Lecture Bubishi
La saisie n’est pas visible, mais intégrée dans la structure
La spirale part :
des pieds
du bassin
de la colonne
Les bras ne font que transmettre
Frappe associée
Frappe interne (fa jin court)
Pression destructrice plus que percussion
Sanchin explique comment la technique 16 fonctionne, pas où elle se voit.
4. SANSEIRU / SEIPAI
La version mobile et fluide
Dans ces kata, la technique 16 devient dynamique.
Passage clé
Entrées rapides
Changements d’angle
Saisies en mouvement
Lecture Bubishi
Capture du bras lors d’une entrée oblique
Rotation immédiate pour exposer :
la gorge
l’aisselle
Frappe quasi simultanée
Frappe associée
Coude remontant
Nukite court
Paume frappée
Ici, la technique 16 est une transition, pas une position figée.
5. PASSAI / BASSAI (lecture avancée)
Souvent mal compris, Bassai contient pourtant la version brutale de la technique 16.
Passage clé
Croisements puissants des bras
Actions explosives
Ruptures soudaines
Lecture Bubishi
Le croisement n’est pas un blocage :
c’est une capture + torsion violente
La montée d’énergie correspond à :
une rupture articulaire
suivie d’une frappe immédiate
Frappe associée
Marteau descendant
Coude écrasant
Projection courte possible
6. CHINTO / GANKAKU
La lecture asymétrique
Chintō travaille beaucoup sur :
déséquilibres
postures instables
angles étranges
Lecture Bubishi
La saisie se fait sur un bras étendu
Le pratiquant se place volontairement “mal” pour :
attirer
puis casser l’axe
Frappe associée
Frappe cervicale
Déséquilibre suivi d’écrasement
Synthèse globale
La technique 16 du Bubishi n’est pas :
une clé précise
un geste figé
une application unique
C’est un principe transversal :
Saisir – rompre – frapper sans laisser respirer
Naihanchi : version structurelle
Seienchin : version lourde
Sanchin : version interne
Sanseiru/Seipai : version mobile
Bassai : version explosive
Chintō : version asymétrique


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